Sombre Flocon

Petite annonce avant de laisser place à l’article : comme vous le savez peut-être, une bonne partie de la Team Aldiaphora est en Première ou en Terminale. Et en ce moment, nous sommes en plein dans la période des TPE et des bacs blancs, et nous sommes pour le moins débordées. J’espère donc que vous comprendrez notre silence passager, qui prendra bientôt fin ! A très bientôt 🙂


Si la photo vous plait, vous pouvez aller jetez un coup d’oeil à la page Facebook et Instagram de la jeune photographe 😉

« La neige était tombée toute la nuit. La puissance des vents du blizzard avaient frappés les volets de la maison à partir du lever de la Lune, les faisant trembler contre le carreau froid. Au matin, le paysage était calme, entièrement recouvert de la cape blanche de l’hiver, les reliefs se dessinant sous les flocons.

J’étais sortie discrètement, par la porte de derrière. Le verrou fermait mal, et on avait mis un lourd carton devant pour l’empêcher de battre toute la nuit. Mais quelques cristaux s’étaient glissés dans l’interstice et gisaient désormais en petites flaques sur le carrelage. Du haut de la tête, je décalai le carton de quelques centimètres, et réussit avec peine à me frayer une place dans la mince ouverture : personne ne m’avait suivi. Enfin, j’étais sur le perron de pierre.

Le ciel était encore couvert d’une épaisse couche de nuages, aussi ne voyait on pas le Soleil, et il était impossible de dire depuis combien de temps il était levé. Mais la basse clarté qui perçait le manteau de coton gris indiquait qu’il était encore tôt. La fraicheur de l’aube gardait encore la neige et la glace intactes, et je manquais de déraper en marchant sur les graviers. Les charnières gelées du portillon craquèrent, des éclats de glace s’envolèrent, puis il s’ouvrit brusquement complétement. Satisfaite, je traversais à grands pas la route verglacée.

Une brume s’était levée dans la forêt, et dansait entre les toiles d’araignées tendues sur les arbres, sur lesquelles restaient en suspens des gouttes de rosée surprises par le froid. Ces dernières étaient aussi coincées entre les écorces, comme de la sève translucide.

Mes pas étaient les premiers à fouler la neige immaculée. De ma masse lourde, je m’enfonçais un peu, mais le froid qui me mordait les pattes me semblait délicieux. Çà et là, je m’attendais à entrevoir de légères traces, comme celles d’un oiseau, rythme de petits bonds marqués en empreintes peu creusées. Mais j’étais la première ; mes pas s’enfonçaient au rythme de ma course, mes coussinets n’atteignant pas le sol. Parfois, ils frôlaient une feuille morte coincée dans la masse blanche et ce contact direct me lançait un frisson. J’avais le sentiment, traçant moi-même ce chemin à travers les arbres, d’être plus libre que jamais. Lorsque je respirais, un souffle de vapeur plus blanc que la neige encore s’échappait de ma gueule et s’élevait vers le ciel. J’aurais aimé que le soleil s’emparât lui aussi de l’humidité qui me collait aux poils, mais l’eau qui me perçait jusqu’aux os était tenace.

Je tombais alors sur un champ, si vaste qu’il me semblait infini. J’hésitais une fraction de seconde avant de m’y jeter, museau en avant, le corps tendu. Je creusais la neige comme une fusée fendant l’espace, les oreilles rabattues sur la tête, tout le corps engagé vers l’avant, apercevant de manière floue les flocons jaillissant du sol avec mes mouvements saccadés, comme un voile m’enveloppant. J’étais la reine, la maitresse du lieu, tâche noire dans le silence du tableau d’hiver. Les arbres gelés laissaient prendre leur bras désarticulés au-dessus de la terre dure que je martelais, courbant le dos. Ils m’entouraient telle une protection un peu lointaine. Bientôt, quelque chose me fouetta le visage et je m’arrêtai alors brusquement. L’objet de ma surprise se balançait encore au bout de sa tige. Je m’approchais. C’était une fleur hivernale, entourée d’un carcan de glace craquelée, juste à ma hauteur. Je la vis seule, plantée là, mais à peine eu je tourné la tête que ses semblables semblaient apparaitre sous mes yeux. J’étais toute tremblante, de froid et d’excitation. Quel spectacle magique !

Ravie, je m’élançais parmi elles en poussant des jappements de joie, bondissant. Elles me fouettaient, me caressaient, m’accompagnant dans ma danse désordonnée. Mon corps engourdi m’intimait d’arrêter mais je ne pouvais ; même la terre gelée me semblait m’appeler à bondir et à jouer, même le ciel gris me tendait les bras. Dans le silence, elles me semblaient même rire comme les étoiles, et jouer avec moi.

J’étais perdu entre mes douces compagnes se balançant quand j’entendis un cri :

-Amboine !

Mes oreilles se dressèrent, mais je n’eus pas le temps d’être sur mes gardes que déjà, on me saisissait par le collier. Lorsque je reconnus son odeur familière, je m’assis tranquillement dans la neige en haletant.

-Combien de fois t’ai-je dit de ne pas sortir sans moi ? J’étais sure de te trouver là mais…

Clémentine perdit vite son air sévère et me caressa le cou en regardant autour. Son nez était rougi de froid mais elle avait posé un bonnet en laine sur ses cheveux roux.

-C’est très joli quand même…

Puis, malicieusement, elle se tourna vers moi :

-On y va ?

Elle s’écria « Parti ! » avant même que je me sois relevée et s’élançait dans le champ en riant de sa course folle. Je n’avais aucunement envie de perdre. Jappant, je m’élançais à sa poursuite, perçant le manteau de la neige en deux trainées indécises et zigzagantes telles les vapeurs d’une fumée vers le ciel. »

LA CHAM.png

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