L’agoraphobie, ou allergie au monde extérieur

9782203122192Phobie douce, de John Corey Whaley

Éditions Casterman

1er février 2017

312 pages

16€

De toute façon, Solomon n’avait jamais besoin de sortir de la maison. Il avait de la nourriture. Il avait de l’eau. Il pouvait voir les montagnes depuis la fenêtre de sa chambre. Ses parents étaient si occupés qu’il organisait sa vie à la maison à sa guise. Jason et Valérie Reed n’intervenaient pas, parce que finalement céder à leur fils était la seule solution pour qu’il aille mieux. À L’âge de seize ans, il n’avait pas quitté le domicile familial depuis trois années, deux mois et un jour. Il était pâle, assez souvent pieds nus, et allait plutôt bien.

Je remercie les éditions Casterman pour cet envoi. Cependant, cette chronique risque d’être difficile, car je ne sais pas vraiment quoi penser de Phobie douce. D’un côté, ce livre ne m’a pas semblé de très grande qualité ; mais de l’autre, j’ai bien apprécié ma lecture. Je m’explique.

Même si le pitch de départ me faisait bien envie, mes attentes ont vite été déçues, car je suis rentrée dans une histoire totalement autre de celle que je m’imaginais. L’intrigue m’a semblé d’une banalité affligeante, non pas dans son thème mais dans la façon dont il était traité. Les gros fils de l’intrigue étaient si peu subtils que j’ai deviné la quasi-totalité de l’histoire au bout de quelques chapitres. Le sujet aurait pu être traité d’une façon très juste et intéressante – un garçon allergique au monde, ce n’est pas du jamais-vu, mais il y a tout de même de quoi faire –, cependant j’ai trouvé que l’angle adopté par l’auteur pour raconter son histoire n’explore pas du tout le potentiel du sujet, bien au contraire. L’histoire est très peu centrée sur la pathologie de Solomon ; elle est reléguée à l’arrière-plan, et même décrédibilisée.

En effet, au cours du livre, Solomon semble faire des progrès sans aucun problème, guérir grâce à la seule présence de ses nouveaux amis. Que du positif, aucun obstacle – sauf à la fin, bien sûr, où tout part en vrille quand le grand secret est révélé. Bref, l’histoire se transforme en un triangle amoureux tordu et un peu ridicule, n’offrant plus aucune importance au trouble de Solomon. Selon moi, son personnage et sa maladie auraient pu être beaucoup plus exploitées, beaucoup plus détaillées, pour qu’on y croie vraiment.

De même, les autres personnages manquent cruellement de réalisme. Très stéréotypés, ils semblent tout droit sortis d’un chapeau (le chapeau des personnages types : le type de la première de la classe, le type du cas social, le type du geek obsessionnel, le type de la grand-mère moderne…) et manquent de consistance. Pour conclure, j’avais un peu l’impression de lire une fan-fiction écrite par un ado débutant sur Wattpad (je n’ai rien contre cette plateforme, mais vous voyez l’idée).

Cependant, je n’ai pas détesté ce livre, loin de là. Objectivement, il m’a paru très brouillon ; mais subjectivement, j’avoue qu’il m’a tout de même plu. Malgré la prévisibilité de l’histoire, l’auteur parvient dès les premières pages à nous entrainer dans son intrigue. Alternant entre les points de vue de deux personnages, le rythme est soutenu et on n’a pas le temps de s’ennuyer. C’est une histoire agréable à lire, et tout de même assez originale du fait du personnage de Solomon (même si l’originalité du personnage et du thème aurait pu être beaucoup plus exploitée). Phobie douce se lit très vite, très facilement, et chaque nouveau chapitre nous donne envie de savoir la suite (même si, paradoxalement, on l’a déjà devinée). Le style d’écriture est très agréable et la voix de l’auteur s’adapte au point de vue adopté.

De même, je nuance un peu mon propos concernant les personnages, car même s’ils sont très stéréotypés, on parvient à s’attacher à certains d’entre eux. Solomon est très touchant dans sa peur du monde extérieur et dans sa personnalité en général. Un autre personnage principal, du nom de Clark, m’a également intéressée car on en découvre un peu plus sur lui au fil des pages : au début, il semble très cliché, mais on découvre vite qu’il n’est pas si banal que ça. Ainsi, les personnages contribuent à rendre le récit vivant et intéressant.

Enfin, même si l’auteur ne parvient pas vraiment à retranscrire la réalité de la pathologie de Solomon, il est vrai qu’il s’en sort beaucoup mieux dans le champ des relations humaines. Son livre décrit avec une certaine justesse les liens intenses et complexes qui se nouent entre adolescents, mettent l’accent sur leur fragilité à cette période de la vie.

Phobie douce est donc une belle histoire d’amitié et d’amour qui explore avec justesse le thème de l’adolescence et du passage à l’âge adulte. J’ai simplement regretté qu’on ne retrouve pas la même justesse autour du trouble dont souffre Solomon. Pour conclure, c’est un récit que l’on peut très facilement apprécier, et que j’ai moi-même beaucoup aimé, mais qui aurait pu être beaucoup plus travaillé, il me semble.

signature-aldiaphora

 

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8 réflexions sur “L’agoraphobie, ou allergie au monde extérieur

  1. Oh.. cela me rappelle un autre livre que j’avais lu sur une maladie similaire (Everything Everything de Nicola Yoon) ! L’histoire était très belle, mais comme pour ce livre, l’a maladie de l’adolescente était un peu .
    En tout cas, merci pour ta critique 😉

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  2. Oh, Bog…
    J’avoue que ta critique ne me fait pas du tout envie mais — je suis moi-même ochlophobe — c’est émouvant de voir un livre traitant de cette… Pathologie… Qui est tellement compliquée à vivre et tellement oubliée…
    D’solée du racontage de vie, et merci pour la critique…

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    • Ahah je comprends ! Mais après ce n’est que mon avis personnel, il y a beaucoup de gens qui l’ont adoré et moi-même je l’ai beaucoup aimé 🙂 C’est une lecture agréable, donc si tu en as l’occasion, n’hésite pas ^^

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