Se rappeler le cauchemar

couv-samedi-14-novembre-avec-bandeau-620x987Samedi 14 novembre, de Vincent Villeminot

Éditions Sarbacane, collection Exprim’

2 novembre 2016

219 pages

15,50 €

B. était à la terrasse du café, quand les terroristes ont tiré. Son frère est mort, lui s’en sort presque indemne. Hagard, il quitte l’hôpital au matin, monte dans le métro. Son regard croise celui d’un passager… Stupeur. Il reconnaît ce visage : il s’agit d’un des hommes qui ont tué, la veille.

Alors que ses proches le recherchent dans une capitale meurtrie, B., sous le choc, décide de suivre l’assassin jusqu’à sa planque. Samedi 14 novembre est le récit du jour qui va suivre.

Samedi 14 novembre parle, vous l’aurez compris, des attentats qui ont eu lieu le vendredi 13 novembre 2015, ainsi que du jour qui suivit, le samedi 14 novembre.

Je connaissais l’auteur, Vincent Villeminot, pour sa participation à la saga U4, et j’ai été très heureuse d’apprendre qu’il rejoignait l’aventure Sarbacane. Le thème de ce roman m’a tout de suite interpelée, car malgré les nombreux livres publiés au sujet de ces attentats ou de ceux de Charlie, je n’en avais pas encore lu un seul. Je remercie grandement les éditions et l’auteur d’avoir publié ce livre : à l’approche de la date d’anniversaire fatidique, j’avais besoin de me replonger dans ces quelques jours qui semblent si loin maintenant. Pas pour revivre l’horreur, mais pour faire le tri, et pour ne pas oublier.

Ce livre n’est pas un livre facile. Moi-même, je suis tombée dans le piège du premier abord. Car au premier abord, en finissant ce livre, je ne vous cache pas qu’il m’a un peu déçue. J’ai trouvé qu’il manquait cruellement de réalisme, que tout se passait trop vite, qu’on ne ressentait pas grand-chose. J’ai aimé, j’ai été touchée, mais sans plus. Restait cette impression d’être passée à côté de quelque chose, d’avoir mal compris le livre, cette déception de n’avoir pas autant aimé que la plupart des gens.

Et puis, quelques heures après, j’y ai réfléchi de nouveau. Et j’ai compris. Ce n’est pas un livre qu’il faut prendre au pied de la lettre. L’histoire en elle-même n’aurait que peu d’intérêt si elle ne signifiait rien d’autre. Ce livre entier est un symbole, un symbole qui peut avoir autant d’interprétations que de lecteurs, mais un symbole à côté duquel il ne faut pas passer.

Il y a une raison pour laquelle ce livre s’appelle Samedi 14 novembre, et non pas Vendredi 13 novembre. Les événements du vendredi 13 novembre, on les connait, on les a tous vécus de façon plus ou moins semblable. Mais là où tout diffère, c’est le lendemain, le samedi 14 novembre. Le samedi 14 novembre, et les jours suivants, cette période de flottement et de trouble où personne ne sait vraiment comment réagir.

Samedi 14 novembre est le récit de ce Lendemain, de la vie qui reprend peu à peu ses droits face à la peur qui s’estompe. C’est également le récit du Surlendemain, qui pourrait être maintenant, ce dimanche 13 novembre 2016, alors que tout est déjà si loin. Devrait-on ressentir de la culpabilité d’avoir fait si vite notre deuil, de ne plus vraiment y penser, de faire déjà des projets d’avenir ?

En racontant le samedi 14 novembre de B., Vincent Villeminot parle de ça. En prenant sa plume comme arme et la fiction comme bouclier, il explore ces questionnements avec une justesse impressionnante. Et voilà ce qui m’a plu dans ce livre : cette finesse et cette force, qui m’ont touchée personnellement et m’ont fait comprendre tant de choses.

Les personnages sont extraordinaires, dépeints avec une précision et un réalisme incroyables. Tous tellement beaux, tellement humains. B., Layla, Abdelkrim, ça pourrait être nous comme ça pourrait être notre voisin, comme ça pourrait être l’une des personnes qui ont tiré, cette nuit-là. Ces trois personnages passent vingt-quatre heures enfermés dans le même appartement, dans ce huis-clos étouffant qui voit peu à peu la tension monter et notre cœur s’accélérer.

Et à côté, il y a les personnages secondaires, tout aussi importants, que l’on croise le temps de quelques pages mais qui ajoutent une touche de réalisme au roman. Les attentats, tout le monde les a ressentis d’une façon différente, et Samedi 14 novembre le montre parfaitement bien.

En lisant ce livre, j’avais l’impression qu’il avait été écrit pour moi. J’espère que ce sera aussi votre cas.

signature-aldiaphora

Publicités

3 réflexions sur “Se rappeler le cauchemar

  1. Pingback: Montreuil, Montreuil… | Aldiaphora

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s