Quand l’antiquité se modernise

Afficher l'image d'origine« Antigone », pièce de théâtre écrite par Jean Anouilh en 1944, édition lue : « la petite vermillon ».

Bonjour à tous !

J’étudie en ce moment en cours de français le théâtre, et particulièrement la tragédie. Notre prof de français nous a donc demandé de lire la pièce « Antigone », de Jean Anouilh. Alors, je ne vais pas vous cacher qu’au début je n’étais pas forcément enthousiaste. Tout d’abord parce que j’ai toujours du mal à accrocher aux pièces que je lis, mais aussi parce j’avais déjà étudié l’histoire mythologique d’Antigone en 6e et que j’avais trouvé ça ennuyeux et déprimant à souhaits… Mais avant tout, qui est Antigone ?

Vous l’avez donc compris (ou pas d’ailleurs), la pièce de théâtre « Antigone » écrite par Jean Anouilh en 1944 (pendant l’Occupation allemande), est tirée de la mythologie grecque. Sophocle a d’ailleurs écrit lui aussi en -441, deux mille ans avant Anouilh, une pièce nommée « Antigone ».

Antigone a donc une place particulière dans le théâtre et la tragédie, et pour cause : elle a une vie avec un destin tracé, elle est destinée à mourir pour faire valoir ses idées…

[Pour ceux qui connaissent déjà l’histoire d’Antigone, rendez-vous après la ligne de séparation ^^] Antigone vit à Thèbes, une cité en Grèce ; elle est la fille du roi Œdipe. Si ce nom vous dit quelque chose c’est car il est bien connu : Œdipe est celui qui a tué son père pour épouser sa mère, avant de se crever les yeux après s’être rendu compte de ce qu’il avait fait. Oui, les destins glauques et déprimants c’est de famille haha ^^.

Antigone est donc une princesse, tout comme sa sœur Ismène, et leurs deux grands frères,  les princes Etéocle et Polynice. Eh oui, ça fait une grande fratrie, mais comme tous les frères et sœurs, ils se chamaillent beaucoup. Après la mort de leur père Œdipe, l’héritage du trône se partage entre Eteocle et Polynice, qui décident alors de se répartir de le pouvoir : chacun règnera un an, à tour de rôle. C’est donc Eteocle, l’aîné, qui commence à régner ; mais après un an, il refuse de laisser le pouvoir à Polynice. Commence alors une guerre entre les deux frères. Polynice s’allie avec une cité ennemie afin de prendre Thèbes de force, et les deux princes finissent par s’entretuer.

Après leur mort, comme les femmes ne peuvent pas régner (ah, le féminisme, c’était pas vraiment développé à l’époque…), c’est Créon, l’oncle des deux princesses Antigone et Ismène, qui prend le pouvoir. Créon est un homme ferme et droit, qui cherche à faire passer la raison d’Etat et la justice avant sa famille. Afin de punir Polynice de s’être allié avec une cité ennemie, il décide alors d’enterrer royalement et dignement Eteocle, et de laisser le corps de son frère pourrir dehors, sans être enterré, fermant alors les yeux sur le méfait d’Eteocle. Créon interdit également toute personne de s’approcher du corps de Polynice pour l’enterrer dignement et avec honneur, sous peine de mourir.Afficher l'image d'origine

C’est alors qu’intervient Antigone, ado rebelle et pleine de valeurs, qui refuse de voir pourrir le corps de son frère. Elle décide alors d’outrepasser l’interdiction de son oncle et roi Créon et d’aller enterrer le corps de Polynice… Voilà ! Même si cette histoire est mythologique, et que certains d’entre vous la connaissent surement déjà, je ne vais pas vous en dévoiler la fin 😉


Jean Anouilh raconte donc ce mythe à sa façon dans sa pièce de théâtre. Je précise bien « à sa façon », parce que cet auteur a une manière particulièrement merveilleuse d’écrire, surtout les pièces de théâtre.

Comme je vous l’ai dit au début de cet article, je n’étais pas vraiment enthousiaste à l’idée de lire « Antigone ». Mais, dès la première scène (un prologue avec une mise en scène vraiment originale), j’ai carrément accroché au style d’Anouilh !

Tout d’abord, il réussit à moderniser un récit utilisé par un grand nombre de littéraires au fil du temps, de manière a ce qu’il ne soit pas ennuyeux ou répétitif. Il lui donne aussi un ton plus philosophique, romantique et tragique, sans pour autant tomber dans le gnan gnan. L’ambiance et les personnages principaux de ce livre sont également particuliers, indescriptibles par leur profondeur. Ils nous permettent de réfléchir, en même temps qu’eux, sur leur rôle (Créon en tant que roi, Antigone en tant que jeune fille qui veut défendre ses valeurs ets). Enfin, les mises en scènes inhabituelles et originales participent à mettre en place cette atmosphère spéciale, presque solennelle. Et puis Anouilh manie si bien les mots, qu’il crée des répliques fortes de sens, par leur simplicité. En voilà un exemple qui m’a marquée, de Créon qui compare le pouvoir à un navire :

« Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L’équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu’à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d’eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce quelles ne pensent qu’à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu’on a le temps de faire le raffiné, de savoir s’il faut dire « oui » ou « non », de se demander s’il ne faudra pas payer trop cher un jour, et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d’eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s’avance. Dans le tas ! Cela n’a pas de nom. C’est comme la vague qui vient de s’abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous gifle, et la chose qui tombe devant le groupe n’a pas de nom. C’était peut-être celui qui t’avait donné du feu en souriant la veille. Il n’a plus de nom. Et toi non plus tu n’as plus de nom, cramponné à la barre. Il n’y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ? »

Voila, je ne sais pas quoi vous dire d’autre pour tenter d’exprimer ce qu’on ressent en lisant cette pièce. Evidemment, je pourrais vous donner une analyse littéraire et philosophique de cette œuvre, mais il serait beaucoup trop prétentieux de ma part de le faire en si peu de lignes, et avec si peu de connaissances… Et puis, il faut l’avouer, vous vous endormiriez sûrement devant votre écran haha xD Mais vous pouvez trouver par vous-même un sens derrière les actions et les mots des personnages d’Antigone, en lisant la pièce, tout simplement. Vous pouvez aussi, si vous le voulez, en parler dans les commentaires.

En tout cas, il me semble plus que nécessaire de lire ou de relire cette œuvre merveilleuse, qui mêle antiquité et modernité.

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12 réflexions sur “Quand l’antiquité se modernise

  1. Ce livre… la majorité des pièces de théâtre que j’ai déjà lu était des pièces classiques, du style Corneille, Racine, de Rostand (qui sont, il ne faut pas l’oublier, admirables), et je ne sais pas si c’est le style bien particulier d’Anouilh ou son aspect plus contemporain (ou les deux), mais cette oeuvre m’a paru très… très unique en son genre.
    Et bien sûr, la plume d’Anouilh m’a vraiment envoûtée, le personnage d’Antigone est si profond, dur, intense, presque violent par sa résolution, son obstination, face à un Créon presque désabusé face à la jeune fille — qui, je dois dire, m’a paru petite fille au début de la pièce ; et même par la suite, elle garde une sorte d’entêtement un peu puéril, je trouve…

    Vraiment, ce roman est assez particulier — je ne dirais pas ‘magnifique, je ne dirais pas que je l’ai aimé ; c’est différent — et m’a laissée un peu hébétée…

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    • Je suis tout à fait d’accord avec ta description – oui Antigone fait presque une sorte de crise d’adolescence en fait >_<
      C'est personnellement cette différence et le fait que cela soit si unique que j'ai adoré. Pour moi les meilleurs romans sont ceux qui, comme tu le dis, nous laissent hébétés et nous font presque voir le monde différemment.

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  2. Hello 🙂 Pour mon cours de 3e, on devait lire une tragédie, au choix entre Antigone et La Machine Infernale. En ce qui me conceerne, j’ai lu les deux, et j’ai beaucoup aimé les deux. Même si La Machine Infernale (de Cocteau au fait) centre l’histoire sur Oedipe et non sur Antigone, c’est intéressant de voir le personnage de deux manières différentes 🙂

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  3. J’avais beaucoup aimé cette pièce aussi : la réactualisation permettent de remettre au goût du jour ces thèmes antiques toujours autant au goût du jour, honneur, rébellion, défi de l’autorité, importance de la famille et tant d’autre ^^

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