Deux années sans le ciel

9782253177364-tLe Journal d’Anne Frank. Edition lue : Le livre de Poche, 18 septembre 2013, 368 pages.

Je reviens aujourd’hui pour une chronique très spéciale, car elle va parler d’un livre tout aussi spécial : Le journal d’Anne Frank. Un livre connu et reconnu dans le monde entier, et que j’ai enfin eu l’occasion de lire. Il me tentait depuis un moment – depuis la classe de 3ème, en fait, lorsque j’ai étudié la Seconde Guerre mondiale en cours d’histoire et ce livre en cours d’anglais. Mais l’envie m’est sortie de la tête ; jusqu’à ce week-end, week-end tant attendu de mon voyage à Amsterdam et donc de la visite de la maison d’Anne Frank. Quoi de mieux pour lire ce livre que d’être entièrement plongée dans son cadre et son contexte ? Alors, sans attendre, je l’ai commencé.

Il est très difficile de chroniquer ce livre, car étant un journal, donc une autobiographie, donc une narration de faits réels, le travail de l’auteure est tout à fait différent. Que dire du style d’écriture, celui d’une jeune fille de 14 ans qui n’écrivait que pour elle-même ? Que dire encore de l’intrigue, des personnages, bien réels et donc indiscutables ?

Impossible de tenir une critique construite de ce livre en tant que livre. On peut simplement parler de nous, de notre ressenti par rapport à cette lecture et à tout ce qui s’y cache. Voilà ce que je vais faire ici, pour tenter au mieux de vous faire comprendre l’intensité de cette lecture hors du commun.

Quand elle commence son journal, le jour de son 13ème anniversaire, Anne Frank se met à raconter d’un ton naïf et insouciant ses soucis du collège. Deux ans plus tard, dans les dernières pages du journal, Anne a de grandes réflexions sur elle-même, sur le monde et les autres. Voilà donc la première chose qui m’a marquée en lisant ce livre : son évolution personnelle, progressive mais remarquable. Pendant ces deux années de captivité, Anne va se transformer physiquement et psychologiquement, et mûrir plus rapidement que n’importe qui. Au fil des jours, et tandis que l’étau se resserre sur les gorges des captifs, elle va paradoxalement s’ouvrir au monde et entretenir une réflexion personnelle impressionnante. Page après page, son style s’affirme, son opinion aussi.

Je me suis très facilement identifiée à elle de par notre ressemblance d’âge et de réflexions, et c’était vraiment extraordinaire de partager le quotidien et les pensées de cette jeune fille pendant les deux années les plus importantes de sa vie.

Je n’avais jamais lu de vrai journal, et je pense que ç’aurait été une expérience très intéressante même sans le côté historique. Mais c’est surtout pour cela que le Journal d’Anne Frank est si connu, je vais donc également vous en parler.

En commençant ce livre, je croyais que ce côté historique, dénonciateur des horreurs de la guerre, ne se trouvait qu’à la fin, lorsque l’on devine le sort de Anne et de sa famille. En réalité, on découvre cet aspect-là dès le début, lorsque Anne raconte la montée de l’antisémitisme, appuyée par les nombreuses lois anti-juives. Devant nos yeux, les Juifs sont dépouillés de leur citoyenneté, et nous contemplons un exemple concret des victimes de ce racisme.

Puis, il y a l’Annexe, l’entrée dans la clandestinité. Anne raconte en détails la vie quotidienne des huit clandestins dans ce minuscule espace où ils sont condamnés à se cacher. Dans l’Annexe, les règles sont nombreuses et la tension monte peu à peu, donnant lieu à des disputes plus ou moins violentes. Anne étouffe. Elle rêve de vent, de soleil, d’une confidente, elle veut courir, rire et être heureuse. Au lieu de quoi, elle reste enfermée deux années durant, avec pour seul réconfort la minuscule fenêtre du grenier, qui donne sur le ciel mais qu’il lui est interdit d’ouvrir.

Je sais que je n’aurais pas tenu plus d’un mois dans ces conditions sans en perdre toute lucidité d’esprit. Aussi, j’admire les huit clandestins – la famille Frank (Anne, Margot, Otto et Edith), la famille Van Pels (Hermann, Augusta et Peter), et Fritz Pfeffer –, qui ont continué à vivre et ont gardé espoir malgré la guerre qui n’en finissait pas.

J’admire également les quatre protecteurs – Bep Voskuijl, Johannes Kleiman, Victor Kugler et Miep Gies, ainsi que son mari Jan Gies – qui ont pris d’énormes risques en cachant les clandestins, sans rien attendre d’autre que leur reconnaissance.

Le journal d’Anne Frank est, en lui-même, un livre très touchant. Mais plus encore, conférant une nouvelle dimension au livre, ce sont les non-dits qui occupent une place plus qu’importante. Ces non-dits qui structurent l’histoire, des interruptions de plusieurs jours dans le journal, des vides, et puis la fin. Cette fin abrupte, cette fin qui n’en est pas une mais qui veut tout dire.

Quand on pense que cette histoire s’est réellement passée, que ces gens ont réellement existé et réellement vécu pendant deux ans dans cette Annexe, c’est… Tous nos cours d’histoire sur la Shoah nous reviennent en pleine face et c’est bouleversant de se rendre compte concrètement de ce qui s’est passé. Le Journal d’Anne Frank donne une voix aux millions de morts de la Seconde Guerre mondiale, et cette voix est celle d’une jeune fille pleine d’esprit, de joie de vivre et d’espoir. Une gigantesque claque qui ne vous laissera pas de marbre.

Il y aurait encore tellement de choses à dire sur cette histoire, mais je vais m’arrêter là. Je conclurai simplement en vous parlant de ma visite de la maison d’Anne Frank. L’une des choses dont j’attendais le plus de ce voyage à Amsterdam ; plus d’une heure de queue dans le vent, la pluie et la grêle, mais ça en valait le coup. La maison d’Anne Frank est un musée extrêmement bien fait, qui nous permet de visiter la fameuse Annexe et d’en voir des reconstitutions. Un petit parcours semé de grandes merveilles ; par exemple, le vrai journal d’Anne Frank, d’autres objets originaux, des interviews filmées de son père, de Miep… J’ai également pu acheter Les Contes d’Anne Frank, un recueil d’histoires qu’elle a cette fois-ci inventées et que j’ai très hâte de lire. Bref, une expérience incroyable, fascinante et bouleversante, au même titre que le journal en lui-même.

Je me sens comme l’oiseau chanteur dont on a brutalement arraché les ailes et qui, dans l’obscurité totale, se cogne contre les barreaux de sa cage trop étroite. « Sortir, respirer et rire », entends-je crier en moi, je ne réponds même plus, je vais m’allonger sur un divan et dors pour abréger le temps, le silence et la terrible angoisse, à défaut de pouvoir les tuer.

Tic-Tac-Toe

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7 réflexions sur “Deux années sans le ciel

  1. Wa, quelle chronique ! Moi aussi, j’ai envie de lire ce journal depuis longtemps, mais comme il ne m’est jamais tombé sous la main, je ne l’ai pas encore lu.
    Mais je vais m’y mettre!

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  2. Très belle critique qui me donne envie de relire ce livre ( en 5eme j’avais lu celui « adapté aux enfants » qui était bien mais … il manquait des choses logique ). Bon pour cela il faudrait que j’ai le temps. Un jour peut être. Surement cet été 😉
    Mais c’est vrai que la fin m’avait marquée …

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