L’autre côté du miroir

97822031022861Le Complexe du Papillon, de Annelise Heurtier. Editions Casterman, 6 avril 2016, 216 pages, 12,90€.

« J’ai ôté mes vêtements sans cesser de fixer le miroir et les larmes me sont montées aux yeux. Comment un garçon tel que Jim se laisserait séduire par si peu de grâce, de personnalité ?
Louison a tort. Aucune robe ne réussira jamais à donner l’illusion que je suis devenue papillon.
Tout simplement parce que je ne suis pas un papillon. Je suis une chenille flanquée de deux énormes cuisses. »

Tout doucement, sans s’en rendre compte, Mathilde va tenter de devenir papillon, quitte à se mettre en danger…

 

Je commencerai par remercier les éditions Casterman pour l’envoi de ce roman, car c’est avec grand plaisir que j’ai découvert Le complexe du papillon dans ma boite aux lettres l’autre jour. J’ai adoré Annelise Heurtier avec Là où naissent les nuages, et le thème de celui-ci m’avait interpelée.

Cet article ne sera pas qu’une chronique. Je vous parlerai d’abord du Complexe du Papillon, puis, à la manière de Violette dans son article sur The Danish Girl, j’utiliserai ce livre comme support pour vous parler d’un sujet plus large.

Récemment, j’ai remarqué que beaucoup de personnes avaient choisi le combat de faire comprendre au monde que l’anorexie, la boulimie, et autres troubles de l’alimentation sont des vraies maladies et non pas de simples caprices de jeunes ados complexées. Pendant longtemps, je ne m’y suis pas vraiment intéressée. Et puis j’ai lu Zouck, de Pierre Bottero. Et puis j’ai lu Le Complexe du Papillon. Ces deux livres, combinés à divers articles de blog et autres posts internet, m’ont permis de réaliser l’ampleur qu’ont pris les troubles du comportement alimentaire et les conséquences qu’ils peuvent avoir sur certaines personnes.

L’anorexie est souvent le reflet de l’influence qu’ont les images qui nous entourent. On voit des corps de femmes partout, sur les magazines, les affiches de pub ; inévitablement, ça ferme les esprits en réduisant tout à une beauté « type », un idéal à atteindre. Ces images nous disent sois comme-ci, ressemble à ça, tes cuisses sont trop grosses, prends exemple sur elle, elle est belle, pas toi. Alors forcément, certaines personnes sont prêtes à tout pour atteindre cet idéal corporel, même à délaisser leur santé et les besoins de leur corps. (Précisons que, bien sûr, cet « idéal corporel » est une notion surfaite et absurde qui n’a rien d’idéale. Ce n’est rien de plus qu’une poignée de standards physiques qui auront complétement changé dans dix ans et qui sont quasi impossibles à atteindre, si ce n’est avec l’accord de la génétique, une grève de la faim quasiment ininterrompue, le bon éclairage/maquillage/styliste/photographe et une bonne maîtrise de Photoshop.)

Le complexe du papillon parle de ça. On suit Mathilde, 14 ans, qui va, petit à petit devenir obsédée par toutes les photos de mannequins qui l’entourent, et tenter à tous prix de leur ressembler.

Voilà donc un premier point positif pour ce roman. Le Complexe du Papillon, contrairement à Zouck débute sous un angle représentatif de la société actuelle. On devient anorexique pour de nombreuses raisons, mais celle-ci m’a vraiment touchée, parce que ça concerne n’importe qui. C’est donc pour cette première raison que le roman m’a marquée, dès le début : à nos âges, on est tous, comme Mathilde et ses amies, profondément plongés dans ces images de mode qui nous lavent le cerveau si l’on n’y prend pas gare. Du coup, on s’identifie très facilement à Mathilde, on se sent proche d’elle, et ça nous touche plus.

L’histoire est prévisible : on connait le thème, on sait ce qui va arriver, mais le roman en reste original et vraiment bien fait. Le Complexe du Papillon est une histoire à part entière, avec des personnages forts, touchants, et des intrigues croisées qui donnent du réalisme.

Ce que je veux dire, c’est que par rapport à Tous français d’ailleurs, par exemple, le message est bien plus subtil. On s’attache à l’histoire et aux personnages, on est happé par l’intrigue et on apprécie ce livre, même sans tenir compte de son thème et de son engagement.

Le complexe du papillon ne veut pas que nous informer. Il veut également nous poigner, nous toucher, nous faire aimer l’histoire et ses protagonistes. Il regroupe tous les éléments d’un bon roman : intrigues complexes et réalistes, personnages forts, très belle écriture. Et en plus, il délivre un magnifique message, tellement d’actualité que ça en devient effrayant.

Pour conclure, Le complexe du papillon est un roman très bien fait, qui m’a autant touchée que surprise, et j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Un livre magnifique à lire absolument.
lorthorexie1Cela dit, ce livre est assez classique dans le sens où il se centre sur l’anorexie. Je n’ai jamais lu ni entendu parler d’un livre/film sur un autre trouble de l’alimentation. De la même façon, les médias ne parlent quasiment que de l’anorexie et de la boulimie – pourtant, ce sont loin d’être les seuls TCA.

Ce qui m’amène à un autre problème : même si on en parle beaucoup, ces deux maladies sont souvent traitées avec une bonne dose de clichés – je parle ici des médias, car la plupart des romans contiennent des infos justes et vérifiées.

J’espère, avec cette deuxième partie d’article, pouvoir clarifier votre idée des TCA en en supprimant les stéréotypes, et vous montrer à quel point ces maladies sont diverses – et dangereuses.

Les TCA sont des maladies très complexes, difficiles à définir et à catégoriser : il en existe un grand nombre, certains non reconnus, d’autres n’ayant même pas encore de nom, d’autres encore mélanges de plusieurs TCA. Et chaque catégorie se décline en plusieurs « types » (par exemple, pour l’anorexie : anorexie profonde, réactionnelle, mentale, restrictive, boulimique…). Finalement, je dirais qu’il existe autant de types de TCA que de personnes qui en souffrent : chacun vit sa maladie différemment.

Je ne peux pas reprocher à ce livre d’avoir choisi ce sujet, seulement à l’ensemble des auteurs de livres et d’articles. Oui, l’anorexie et la boulimie sont les troubles de l’alimentation les plus courants, mais j’aimerais tout de même qu’on parle plus des autres TCA. Hyperphagie, sitiomanie, orthorexie… Autant de mots que beaucoup n’ont jamais entendus, moi la première avant de faire ces recherches.

J’aimerais également qu’on oublie tous les stéréotypes.

Non, l’anorexie n’est pas un simple caprice d’adolescente complexée par son corps.

Non, tous les anorexiques ne sont pas maigres à faire peur.

Non, tous les anorexiques ne comptent pas les calories à longueur de journée.

Non, tous les anorexiques ne se forcent pas à se faire vomir ou à mourir de faim pour être aussi maigres que les mannequins.

Je pourrais continuer comme cela pendant de longues pages, et pas seulement pour l’anorexie.

On voit une fille maigre dans la rue, une fille grosse, premier réflexe : on la juge. Inconsciemment. On se dit « Pourquoi elle ne mange pas ? », « Pourquoi elle ne fait pas un régime ? ». Difficile de résister à cet automatisme de juger l’autre sans savoir, car c’est ce que la société nous a appris à faire. L’essentiel, c’est de se rendre compte de nos préjugés et de faire le maximum pour les éloigner de nos esprits.

Voilà donc votre mission, si vous l’acceptez. La prochaine fois que vous croisez quelqu’un qui a le malheur de ne pas rentrer dans ces critères absurdes (de beauté ou d’autres choses), s’il vous plaît, essayez de ne pas la juger trop vite. Essayez de l’accepter comme elle est. De comprendre.

troubles-du-comportement-alimentaire

Pour comprendre, il faut savoir. Pour savoir, il faut s’intéresser, s’informer – voilà ce que j’ai fait, et je vous livre ici une synthèse de mes recherches. (petit disclaimer : je ne suis pas experte et ceci est simplement le résultat de mes recherches internet, je m’excuse pour d’éventuelles erreurs ou imprécisions)

Les troubles du comportement alimentaire sont reconnus comme de véritables maladies, plus précisément des troubles mentaux ; ils ont des conséquences négatives sur la santé mentale, mais également très souvent sur la santé physique. Ils peuvent résulter d’un traumatisme, mais aussi d’un mal-être personnel, du contexte familial, d’une vulnérabilité génétique, de l’influence de la société (comme mentionné au début de ma chronique) … Bref, les causes sont multiples et il est impossible d’en dresser une liste exhaustive.

De la même façon, il existe une multitude de TCA et l’on ne peut que tenter de définir les plus courantes. Je vous détaille ici les causes, symptômes et conséquences de quelques TCA. Bien sûr, ce sont des généralités, et ces caractéristiques ne sont pas valables pour toutes les personnages souffrant de ces maladies.

L’anorexie mentale, vous connaissez sûrement, c’est un des TCA les plus connus et répandus. Il faut bien la distinguer de l’anorexie « physique » qui est un trouble médical. La personne anorexique restreint ses apports alimentaires et énergétiques, et par conséquent perd du poids. Elle ressent une peur intense de prendre du poids, reçoit une image déformée de son corps. L’anorexie a de nombreuses conséquences physiques plus ou moins graves, comme l’aménorrhée (absence de règles qui peut amener à la stérilité), une perte de cheveux, et j’en passe.

La boulimie est l’autre trouble alimentaire dont on entend le plus parler. Une personne boulimique est soumise à des crises fréquentes : généralement dans le but de calmer des angoisses, elle a des comportements compulsifs de consommation de nourriture (souvent très calorique), en grande quantité, sur un court laps de temps. Cela entraîne un malaise (sentiment de culpabilité, de perte de contrôle et de honte d’avoir cédé à la pulsion) qui se conclut souvent par des vomissements déclenchés volontairement. Parmi les conséquences physiques : risque de caries dues aux vomissements volontaires, inflammations de la gorge, épuisement, risque d’obésité.

Comme mentionné plus haut, il existe d’autres TCA, moins connus et moins répandus mais dont il faut tout de même être au courant.

L’hyperphagie et la sitiomanie, par exemple, désignent le fait de manger en trop grandes quantités, rapidement et sans mastication, même sans sensation de faim. Ce sont des crises de boulimie, mais sans comportements compensatoires comme les vomissements.

L’orthorexie est le besoin irrépressible de consommer une nourriture saine, tournant à l’obsession.

La carpophobie est une peur irrationnelle des fruits. Ce refus de consommer des fruits a de graves conséquences sur l’organismes : carences alimentaires, perte de cheveux ou de dents.

La potomanie se caractérise par un désir extrême de boire de l’eau. Cette consommation excessive peut devenir mortelle, car l’organisme ne peut pas tout assimiler : un œdème se forme dans le cerveau, associé à l’apparition de troubles neurologiques parfois importants.

Enfin, les « EDNOS » (eating disorder not otherwive specified), qui constituent 50% des TCA, sont les « inclassables », ceux qui ne présentent les symptômes d’aucun trouble connu, mais plutôt des symptômes diffus.

En plus des conséquences physiques, les TCA ont des conséquences comportementales importantes. Par exemple, de nombreuses perturbations au niveau de l’humeur (anxiété, irritabilité), du sommeil, des capacités intellectuelles. Très souvent, une perpétuelle obsession pour la nourriture, qui envahit toutes les pensées de la personne touchée. Cela entraîne une perte de confiance en soi, un isolement social et un repli important sur soi-même.

En France, les statistiques évaluent les TCA comme touchant 5 à 6% de la population ; des études récentes fixeraient ce chiffre à 20% (source). L’anorexie mentale est une des maladies psychiatriques les plus mortelles (15 000 décès par an des suites d’une anorexie ou d’une boulimie (source)).

Ces troubles sont généralement le symptôme d’une souffrance réelle qui ne peut s’exprimer autrement : ils enferment leurs victimes dans un mal-être solitaire dont il est très difficile de sortir.

Difficile, mais pas impossible. Le premier pas, c’est d’en être conscient ; le deuxième, de demander de l’aide, afin de ne pas rester seul face à sa maladie. Les TCA nécessitent l’aide de spécialistes, et une approche à la fois nutritionnelle, comportementale et psychologique. De nombreuses thérapies ont été mises au point pour permettre aux personnes touchées de s’en sortir sans séquelles. L’essentiel : parlez-en ! Si ce n’est à votre entourage, alors ce sera dans l’anonymat, sur internet, aux personnes qui sont ou ont été dans votre cas. (Ci-dessous, des liens de groupes de soutien)

Et pour ceux qui ne souffrent pas d’un TCA… Soyez à l’écoute ! Ces troubles sont très difficiles à détecter chez notre entourage, car les personnes atteintes vont souvent faire de leur mieux pour maintenant une image de personne heureuse et en bonne santé. Mais même si vous avez l’impression d’être inutile, vous pouvez faire une différence : par exemple, en en parlant à ses parents, tout simplement.

Et lisez Le Complexe du Papillon.

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Liens utiles :

Pour en savoir plus/sources : ici, ici, ici, ici, et 🙂

Parce qu’ils en parleront mieux que moi, quelques témoignages : un, deux, trois sur la boulimie, un, deux sur l’anorexie, et un dernier sur l’orthorexie.

Faites le test : ai-je un TCA ? Ici, ici et .

Parlez-en : un, deux, trois, quatre groupes Facebook, des sites web et lignes d’écoute ici et .

 Et pour finir, un très beau poème ici 🙂

Tic-Tac-Toe

(Et merci à Violette pour l’aide !)

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10 réflexions sur “L’autre côté du miroir

  1. Pingback: Montreuil, Montreuil… | Aldiaphora

  2. Cet article m’a appris beaucoup de choses sur les TAC (d’ailleurs je ne connaissais que la boulimie et l’anorexie) et ça m’a d’autant plus intéressée parce que je viens de lire un livre qui traite également de l’anorexie (mais aussi de la seconde guerre mondiale et des secrets de famille), Sobibor de Jean Molla, que je conseille à tous le monde !

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  3. Merci pour cet article, c’est super que tu partage tes recherches car on a pas forcément le réflexe de le faire 🙂 Très intéressant et instructif, merci! 🙂

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  4. Belle chronique ! Ton article était super bien écrit. Je ne connaissais pas la plupart des TAC dont tu parlais (hormis la boulimie et l’anorexie), c’était très instructif ! Merci :).

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