Classiques VS Romantiques

Hernani de Victor Hugo. Édition Pocket, 2014, 318 pages.

Celui dont le flanc saigne a meilleure mémoire
L’affront, que l’offenseur oublie en insensé,
Vit et toujours remue au cœur de l’offensé !

-Résumé-

Dans une Espagne de folie et de grandeurs, Hernani, seigneur castillan devenu chef de bande et proscrit, dispute au roi Don Carlos -le futur Charles Quint- l’amour de Dona Sol, qui doit épouser son vieil oncle Don Ruy Gomez. Il ne recule devant aucun défi, aucune vengeance, ni aucune trahison. Il est « cette force qui va », prêt à mourir pour sa belle.
Toutes les frontières du théâtre et de la réalité éclatent dans cette pièce. Hernani est un drame rêvé où les machinations rocambolesques conduisent à de boulversantes scènes d’amour. Hugo veut être « Shakespeare ou rien ». Cette pièce fera de lui le dieu de la génération romantique…

-Mon avis-

J’ai connu Victor Hugo par ses romans, puis sa poésie. Mais jamais je n’ai imaginé qu’il avait pu écrire du théâtre. Donc j’ai vite pallié à cette faute avec Hernani, une lecture cursive. Cela me permettra d’ailleurs de dévier un peu de la chronique habituelle avec de nombreuses choses.

Hernani n’est pas une comédie. Hernani n’est pas non plus une tragédie. C’est un drame. Et oui, pour ceux qui l’ignorent, la tragédie n’est pas la même chose que le drame (mais s’étendre sur ces considérations serait bien trop long). Bref, il s’agit d’un drame en 5 actes soit beaucoup de scènes, où l’on trouve beaucoup de personnages (une cinquantaine je dirai) et une foule de didascalies, le tout dans une œuvre écrite en alexandrin.

Concernant la forme, j’ai grandement apprécié le pied de nez de Victor Hugo aux classiques (je reviendrai dessus plus tard). La forme respecte celle d’une pièce de théâtre, mais une fois la lecture commencée, j’ai plus eu l’impression de lire de la poésie. Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais quitte à me répéter, je ne suis absolument pas fan de théâtre. D’accord, Hernani reprend les grandes caractéristiques et la forme, comme les didascalies, les répliques, le découpage en actes, en scènes, etc. Mais (car il y a un mais), le tout est trafiqué par Hugo et cela donne LA pièce romantique par excellence.

Je suis bien d’accord, la forme compte. Mais dans du théâtre, rien ne compte plus que les personnages ! Ici, il y en a une cinquantaine (et le chiffre reste assez flou). Nous avons donc Hernani, seigneur castillan, qui aime Dona Sol. Cependant, cette dernière doit épouser son oncle Don Ruy Gomez, et notre cher Hernani fait tout pour que Don Carlos accepte qu’il épouse Dona Sol. Hernani est un héros de la passion romantique, opposé à un Don Carlos grotesque et un vieil oncle stupide (même si vieillard est bien plus approprié). Quant à Dona Sol, c’est la seconde héroïne, celle qui subit les choix fais pour elle (la place de la femme dans la société a heureusement bien évolué !).

Et maintenant, les originalités. Dire que cette pièce en manque serait une honte ! Pour commencer, elle est entièrement écrite en alexandrins,ce qui n’est pas très courant. On peut noter à ce propos que Victor Hugo coupe ses vers en plusieurs répliques (un vers peut donc être dit par trois personnes) et que chaque vers rime avec celui qui le suit. Un beau coup de maître ! Pour continuer sur les originalités, il faut savoir que ce drame a été écrit en un peu moins d’un mois (quand je pense que Edmond Rostand a écrit Chantecler en cinq ans…). Et pour finir, ajoutons que tout est soigneusement pensé pour faire hurler les classiques.

Faire hurler les classiques va me permettre de rebondir sur le pied de nez de Hugo (et vous apprendre des choses si vous ignorez cela). Hernani est la pièce qui a divisé la société en deux camps, les classiques et les romantiques, les pour et les contre Hugo. Les représentations ont été montées avec le plus grand soin, et la Première (le 25 février 1830) donne lieu à une bataille célèbre : La Bataille d’Hernani, un affrontement entre les Anciens et les Modernes (avec diverses anecdotes). Un pied de nez ? Et bien les classiques sont contre la dénaturation du vers, son utilisation dans le théâtre (enfin plus ou moins), et j’en passe. Et Hugo, fort intelligent, commence :
« Serait-ce déjà lui ? C’est bien à l’escalier
Dérobé. »
Oui, un simple rejet a eu pour conséquence une fracture de la société. Enfin, c’est là le réel début du romantisme.

En bref, une lecture très agréable et pleine de découvertes (merci le dossier d’étude ! :)). Et vous, l’avez-vous lu ?

Wellan

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4 réflexions sur “Classiques VS Romantiques

  1. Ah oui, la Bataille d’Hernani, c’est dingue comme histoire !
    Apparemment, les spectateurs hurlaient tellement qu’on n’entendaient plus la pièce.
    C’est un article très intéressant, merci ! Tu m’a donné envie de le lire, en plus !

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    • C’est ce que j’ai appris aussi. Mais personne ne peut confirmer le vrai du faux maintenant, on se base sur les textes ^^
      Et bien tu repasseras me dire ce que tu en as pensé. 😉

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    • Ahah ! C’est une de mes lectures pour le bac, je ne peux plus voir certains livres en peinture ^^
      J’espère que j’ai un avis différents de ta prof 😉 Mais c’est vrai que ça peut aider à nuancer si tu fais un commentaire.

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