Speechless

Aujourd’hui je reviens avec cet article un peu spécial pour partager l’expérience que j’ai vécue en cette première semaine de vacances. Et parce que l’on associe souvent des expériences à des musiques, je vous présenterai également la chanson que j’ai découverte à cette occasion.

Capture d’écran 2016-03-07 à 20.02.26

Une photo de notre représentation, on ne voit pas grand chose mais voilà l’ambiance ^^

Il existe un endroit, à Paris, dans le premier arrondissement, qui s’appelle la Maison du Geste et de l’Image. C’est là que j’ai fait un stage de théâtre de cinq jours la semaine dernière. M’étant inscrite faute d’autre chose à faire en ce début de vacances, je ne m’attendais pas à grand-chose, et j’en suis ressortie transformée, des étoiles plein les yeux.

 

J’ai donc écrit un texte, comme une sorte de ressenti de notre travail, m’inspirant de la représentation que nous avons montée et suivant le fil de la musique.

Alors si cet article vous intéresse, arrêtez de lire ces mots, allez chercher votre casque ou vos écouteurs ou vos oreilles, et appuyez sur le bouton Play de la vidéo YouTube ci-dessous.

Laissez quelques secondes passer, le rythme s’installer, l’ambiance se créer.

Maintenant, lisez, lentement, et laissez-vous bercer.

N’essayez pas de comprendre les paroles. La musique doit devenir un fond sonore, le papier peint de la salle qui vous entoure. Vous en êtes le centre et pourtant vous n’en faites pas totalement partie, vous êtes un simple spectateur, en retrait. Ce qui n’empêche pas ce qu’il s’y déroule de vous toucher au plus haut point.

C’est une salle pleine d’obscurité. On se saurait dire ce qui s’y trouve, si ce n’est la rangée d’individus qui se tiennent le long du mur droit, immobiles, le regard fixe, imperturbables. Une simple ligne de lumière les éclaire. L’un d’entre eux est votre fils, votre frère, votre ami peut-être, mais vous ne sauriez dire lequel, tant l’image de ces corps figés vous impressionne. Et impressionne le reste de la salle, sans doute, à entendre le silence qui y règne. Tout ce qu’on entend, c’est cette musique rythmée, entrainante.

You picked me up. We hit the road. Baby me, and you.

Les statues bougent, maintenant. Elles marchent, lentement mais sûrement, empruntant des chemins connues d’elles seules. Elles se frôlent, se regardent, sans jamais se toucher. Désordonnées. Sans logique, sans peur. Leur danse effrayante, envoutante, dure de longues secondes, pendant lesquelles il vous est impossible de détacher les yeux de cette salle et de ce qui s’y passe.

We were going nowhere.

Elles esquissent des cercles, des formes connues d’elles seules.

We were going circles.

Les silhouettes commencent à presser le pas. Progressivement. Les coups d’œil se font plus insistants, et parfois il semble qu’ils vous sont destinés.

Personne ne saurait dire à quel moment la transition a eu lieu, mais elles courent, maintenant. La musique a changé, et elles courent, encore plus désordonnées, changent de direction soudainement, mais jamais ne se touchent, jamais.

L’espoir est la chose avec des plumes

Qui est perchée dans l’âme

Et qui chante la mélodie sans les paroles

Et jamais ne s’arrête

Jamais

Et qui est la plus douce quand on l’entend dans la tempête.1

Cette phrase est chuchotée, chantée, pensée, dans le silence qui suit le brusque arrêt des individus redevenus statues.

Ils semblent rester un moment en suspension, écoutant les paroles de la mélodie, peut-être. Le temps semble s’être arrêté, on entend simplement les respirations mêlées des statues, essoufflées par la course, et la musique qui continue.

They fly up to nowhere.

Together, forever.

Puis lentement, au rythme de la musique, les silhouettes tombent, une par une, sur le sol.

Un.

Peu importe si le début paraît petit.2

Deux.

Dans nos jardins se préparent des forêts.3

Trois.

Songe au miracle venu tard.

Quatre.

À ce jour où le feu a fini par prendre.

Cinq.

Songe aux planètes du crépuscule.

Six.

Songe à la chaleur du vivant.

Sept.

Tous les matins, pense à poser ton cœur sur la table.

Huit.

Prends l’entier du ciel dans ton crâne !

Neuf.

Ouvre-le jusqu’aux horizons, jusqu’au levant, jusqu’au couchant !

Dix.

Fais tout entrer dans ta nacelle : nuages, constellations, planètes !

Onze.

Nous sommes si grands sans le savoir…4

Douze.

Un jour je serai ce que je veux.

Treize.

Un jour nous serons ce que nous voulons.5

Ils sont tous à terre, maintenant. Un petit frisson vous parcourt devant cette vision éclairée par une lumière inquiétante.

De longues secondes passent, pendant lesquelles les silhouettes sont encore une fois parfaitement immobiles. Vous les observez, vous avez du mal à comprendre ce qu’ils vous disent car votre cerveau est monopolisé par ce que vous voyez. Les mouvements. Les corps. Vous percevez tout de même vaguement que ce qui est dit est important, fort, que ce sont des paroles qui guident et qui changent des vies.

À l’instant où la musique passe de nouveau de calme à forte, de couplet à refrain, elles commencent à se mettre en mouvement, ensembles, pour se rejoindre progressivement et former un cercle resserré dans un coin du plateau. Alors qu’elles faisaient tout pour ne pas se toucher auparavant, elles se collent maintenant le plus possible, comme si elles avaient froid, si bien que vous ne distinguez plus bien où s’arrête l’une et où commence l’autre. Leurs souffles se mêlent, leurs poitrines se soulèvent à l’unisson, elles ne forment plus qu’un seul corps.

L’éclairage verdâtre confère à la peau de ce nouvel être une autre dimension, quelque chose de spécial et d’unique, de touchant. Il est treize, et pourtant il semble seul, si seul.

Together, forever.

De nouveau, la musique ralentit, baisse, et entraine le corps dans sa chute. Celui-ci se met à fondre, à tomber, à couler, et se retrouve à terre. Entrelacs de bras, de jambes, de corps, les uns sur les autres, radeau de la méduse moderne, poignant.

Le temps d’un couplet, la multitude de corps devenus un reste immobile, silencieuse, comme pour nous laisser profiter de cette vision extraordinaire.

A vicious circle. An endless ride.

On the back of an old woman.

Puis, un par un, les corps se divisent, s’arrachent au groupe pour disparaitre dans l’obscurité. Chacun leur tour, ils partent, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une silhouette recroquevillée au milieu de cette lumière verte et inquiétante.

Lentement, elle se lève. Se tourne vers vous, vous toise. Et prend la parole.

Maintenant que nous ne sommes que des hommes, tout est possible. Nous pouvons faire de nos os des bateaux et de nos maux, le vent qui les fait avancer. Maintenant.6

Les lumières se rallument, vous laissant seul avec ce que vous venez de voir. Vous ne savez pas encore quoi en penser, quoi en conclure. Mais petit à petit, à travers les gestes du quotidien, les spectacles du quotidien et les mots du quotidien, vous comprendrez. Vous saurez.

And me? I’m going in circles. I’m circling around.

And if I open my mouth now, I’ll fall to the ground.

La musique baisse lentement, jusqu’à s’arrêter complètement, vous laissant sans voix.

Speechless.

Voilà, c’en est tout pour ce texte, désolée pour la longueur et n’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire. Si vous habitez à Paris, je vous conseille donc fortement d’aller voir la Maison du Geste et de l’Image (station Châtelet) qui fait des stages vidéo, photo, et théâtre pendant les vacances scolaires et le samedi après-midi. Et d’aller écouter les chansons de Laurie Anderson, très jolies et super pour écrire 😉

1Emily Dickinson

2Henri David Thoreau

3René Char

4Valérie-Catherine Richez

5Mahmoud Darwich, extrait du poème Murale 

6Je n’ai malheureusement pas retrouvé la source. Je continue mes recherches et mets à jour l’info dès que possible !

J’en profite pour préciser que j’ai cité certaines phrases de mémoire, parce qu’il n’y avait pas tout sur internet, donc je m’excuse pour les éventuelles coquilles de texte ou de sources. Et je vous invite à aller découvrir ces auteurs, vous ne le regretterez pas 🙂

Tic-Tac-Toe

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2 réflexions sur “Speechless

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