Lumières floues

Rose papier couleur 2.7On commence aujourd’hui une longue (on l’espère) série de cette sorte d’article.

A partir de photos, on laisse(ra) glisser notre plume sur le papier, nos doigts courir sur le clavier, pour vous proposer des textes.

Mais, en plus de ça, les photos ne viennent pas de n’importe où. Ce projet se tient en partenariat avec une jeune photographe en herbe, « Photos by Rowdy » (accessoirement amie de l’une d’entre nous haha (à vous de retrouver laquelle !)). La photo ci dessous est donc d’elle; si elle vous plait, n’hésitez pas à aller faire un tour sur sa page Facebook ou Instagram et à lui donner votre avis, en cliquant sur les liens !

Bonne lecture, et bon visionnage peut-être! 😉

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« Il y a les lumières de la ville, un peu floues, rougeoyantes au loin.
Elle est accoudée à la barrière du ponton défoncé qui lie les deux rives. Pas de barrière lisse et gelée en fer ; du bois pourri, troué, transpercé de part et d’autre par de la ferraille rouillée, sur lequel elle appuie son bras. Un long châle rouge couvre ses épaules frêles, mais le froid puissant de ce premier janvier gèle chaque parcelle de sa peau malgré tout. Elle n’a que son bras gauche de mobile, comme articulé à faire une seule action : porter la cigarette à ses lèvres gercées et violettes ; mais à chaque instant, il semble pouvoir se bloquer brusquement ou grincer sinistrement dans le silence de l’aube. Ses cheveux encore la veille longs et lumineux, ne volent plus dans le vent glacial ; ras, ternes, ils frissonnent à peine sous la force du mistral brûlant. Son regard reste fixé sur les lumières de la ville qui s’allument peu à peu, les bruits des voitures qui commencent à emplir le ciel de nuées assourdissantes, les derniers fêtards qui sortent tardivement des bars en hurlant.
La cendre grésille au bout du mégot fumant. Après chaque bouffée, elle souffle longuement par les narines, enveloppant un peu plus la nuit d’un voile de trouble. Ses yeux vitreux balayent le paysage morne du lever du jour. Elle a passé la nuit seule, à brûler jusqu’à au bout cigarette après cigarette, blottie en boule sur un banc humide de rosée ou d’alcool de bouteilles brisées, elle ne savait plus.
Elle ne ressent plus rien. Elle se sent comme éteinte ; les barbelés creusent ses cuisses nues de leur fer coupant, y laissant des entailles un peu coulantes de sang. Les perles rouges glissent lentement le long de sa peau froide, et tombent comme des larmes sur le sol du pont.
Sa dernière cigarette est presque entièrement consumée. D’une longue inspiration, elle laisse une dernière fois les vapeurs toxiques envahir ses poumons. Puis elle laisse les maigres cendres restantes tomber dans l’eau verdâtre, et elle s’en va, les chevilles branlantes, les yeux embués, le cœur réduit en miettes par cette soirée qui a mal tourné. Elle voudrait tant retourner en arrière, ne pas le laisser venir près d’elle, elle voudrait tant oublier cette nuit là. « 

Capture d’écran 2015-04-18 à 19.46.10

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7 réflexions sur “Lumières floues

    • Oh, c’est très gentil, merci! 😀
      Normalement non, ils seront à partir d’une photo différente à chaque fois 🙂 Mais si un personnage mis en scène, une histoire vous plait particulièrement, dites le !

      J'aime

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