Marion Brunet, l’ogre, le loup, la frangine, et moi

Si vous connaissez les éditions Sarbacane, vous devez connaitre Marion Brunet, auteure phare de la collection Exprim’ tout comme de la collection Pépix. C’est avec grand plaisir que j’ai pu découvrir son œuvre pendant mon stage à Sarbacane.

Marion Brunet a travaillé comme éducatrice spécialisée en foyer d’enfants. Elle anime des ateliers d’écriture, vit à Marseille. En peu de temps, elle s’est imposée comme une auteure majeure de romans jeunesse, côté Exprim’ avec Frangine et côté Pépix avec L’ogre au pull vert moutarde.

Dans votre esprit commence alors à se dessiner le pourquoi de l’étrange titre de cet article. « Le loup », c’est pour le deuxième Exprim’ de Marion Brunet, La gueule du loup. Ces trois romans, je les ai lus, je les ai adorés, et je vais vous les présenter ici.


L’ogre au pull vert moutarde, de Marion Brunet. Éditions Sarbacane, 5 mars 2014, 160 pages.

Abdou et Yoan vivent dans un foyer pour enfants. Vous savez, les enfants dont personne ne veut… Ceux qui n’ont « pas d’avenir », comme le répète l’horrible Directeur du foyer. Heureusement, les deux copains ont de la ressource. Et quand ils découvrent que le nouveau veilleur de nuit, ce bonhomme énorme et très très laid, là, est un OGRE, ils ripostent : pas question de se laisser croquer comme des cookies !

J’ai commencé ce livre, et j’ai été surprise. C’était le premier Pépix que je lisais, et je m’attendais… à un simple livre pour enfants. Et pourtant.

C’est l’écriture qui m’a frappée en premier : aucunement simple, belle et recherchée, mais tout de même accessible aux enfants. L’écriture, et puis les thèmes abordés : les orphelins, la vie dans un foyer, la différence, l’amitié. Ensuite, il y a tous ces personnages attachants qui gravitent autour d’Abdou, Yoan, « la Boule », et puis l’ogre, avec qui ils vont se découvrir des points communs. Marion Brunet mélange subtilement psychologie, humour et conte dans une histoire pleine de surprise, d’impertinence, expressivement illustrée par Till Charlier et appréciable à tous les âges. 

« Évidemment qu’on ne dormait pas.

Évidemment qu’on n’est pas des anges.

Évidemment qu’à chaque fois qu’un nouveau débarque, on est là pour… lui « souhaiter la bienvenue ». À notre manière. »


La gueule du loup, de Marion Brunet. Éditions Sarbacane, 27 août 2014, 232 pages.

À 18 ans, le bac en poche et des projets plein la tête, Mathilde et Lou partent à Madagascar pour des vacances de rêve, dans « un paysage de carte postale ». Mais le voyage qui s’offre à elles n’aura rien de l’idylle insulaire qu’elles imaginent…

Lire L’ogre au pull vert moutarde m’avait donné envie d’essayer La gueule du loup, et pourtant, en lisant, je ne cessais d’oublier que c’était la même auteure ; dans La gueule du loup, on découvre un autre style. La plume de Marion Brunet, mais taillée différemment. Plus tranchant. Plus grave. Parce que non, ce roman n’est pas drôle.

Au début, on se trouve à Madagascar, à la plage, dans la tête de Lou, et on apprécie le soleil qui brûle notre peau. Dans les premières pages. Et puis, ça arrive : ces questions, ces non-dits refoulés tant bien que mal ressurgissent. Qu’est-ce qu’on va faire, après ? Quand les vacances seront finies ?

C’est là que Mathilde et Lou décident de bouger ; c’est là que la traque commence. J’ai vu, agréablement surprise, l’histoire se transformer en un thriller qui m’a prise à la gorge et m’a empêchée de fermer le livre. C’est ça, le point en plus que je n’ai pas trouvé dans les autres romans de Marion Brunet : cette action, ce suspense incroyable qui prend aux trippes et qui s’ajoute aux thèmes incroyablement bien abordés dans ce roman.

Comme dans L’ogre au pull vert moutarde, on retrouve l’amitié, sa force mais aussi ses limites, et puis la pauvreté, le passage à l’âge adulte, la violence, on est transportés dans un autre monde, une lointaine culture, et on découvre tout ce qui se cache derrière le tableau paradisiaque de la mer et du sable.

« Elles se lèvent. Marchent de front toutes les trois, Fanja au milieu. Il y aurait des choses à dire, encore, des serments et des adieux de la taille d’un baobab, vu ce qu’elles ont traversé ensemble. Mais justement : ça pèse un peu trop lourd pour conclure à coups de On ne t’oubliera jamais. Évidemment, qu’elles n’oublieront jamais. Qui pourrait ? »


Frangine, de Marion Brunet. Éditions Sarbacane, 6 mars 2013, 264 pages.

Il faut que je vous dise…

J’aimerai annoncer que je suis le héros de cette histoire, mais ce serait faux. Je ne suis qu’un morceau du gâteau, même pas la cerise. Je suis un bout du tout, un quart de la famille. Laquelle est mon nid, mon univers depuis l’enfance, et mes racines, même coupées.

Tandis que ma frangine découvrait

le monde

le cruel

le normal

et la guerre,

ma mère et ma mère, chacune pour soi mais ensemble, vivaient de leur côté des heures délicates.

C’est à moi que revient de conter nos quatre chemins.

Comment comprendre, sinon ?

Je crois que cet extrait parle de lui-même sur ce sublime roman. Sachant qu’il a remporté une dizaine de prix, que j’en avais entendu beaucoup de bien et que j’avais adoré La gueule du loup, j’avais énormément envie de le lire. Mais là encore, j’ai été surprise par la différence avec les autres romans de l’auteure, qui m’amène à la conclusion que Marion Brunet possède une pluralité des styles et des genres extraordinaire.

On retrouve cependant dans Frangine cette qualité propre aux romans de Marion Brunet : elle parle de sujets d’actualité, de sujet importants, sans toutefois jamais tomber dans les clichés. Ici, c’est l’homoparentalité. L’homoparentalité, et puis bien sûr l’homophobie, la discrimination, l’entrée au lycée, le harcèlement.

Tous ces sujets sont traités d’un angle très original : celui de Joachim. Joachim, le frère de Pauline, qui lui n’a jamais eu de problèmes, et qui la regarde impuissant. Autour gravitent d’autres personnages, essentiellement Maline et Julie, leurs mères. Et c’est ça que j’ai adoré : le fait que le narrateur ne soit pas le personnage principal, et le fait que les personnages secondaires soient également importants et creusés.

Par le thème abordé, mais également par le magnifique style d’écriture de Marion Brunet qui ne cessera jamais de me surprendre, et par cette structure complexe et originale, Frangine est un roman sublime, à lire absolument.

« Ma sœur est entrée dans ma chambre. C’était quelques jours après la rentrée. Elle s’est assise sur mon lit. Elle m’a regardé très sérieusement, a coincé sa mèche de cheveux derrière l’oreille et m’a demandé : 

-Joachim, à quel moment tu as réalisé qu’on ne vivait pas au pays des Bisounours ? »


En bonus, j’ai eu la chance pendant mon stage de lire le nouveau manuscrit de l’auteure, qui sera publié l’année prochaine. Je ne vais pas en parler ici, parce que, traitez-moi d’égoïste, mais cette petite perle, je veux la garder pour moi aussi longtemps que possible *-*

Quant au roman que je vous conseille, j’aurais du mal à choisir. Si vous êtes plus thriller, La Gueule du Loup. Si vous êtes plus roman d’émotion, Frangine (même si La Gueule du Loup est aussi un roman d’émotion, ne vous méprenez pas). Et si c’est pour votre petit frère, votre petite sœur, votre neveu, votre enfant, ou même votre grand-père, n’hésitez pas à lui offrir L’ogre au pull vert moutarde 🙂

Que dire pour conclure ? Que Marion Brunet, c’est une auteure géniale, made in France en plus, qui vous fera oublier à tout jamais les préjugés selon lesquels seule la littérature américaine est de qualité maintenant. À découvrir absolument.

Tic-Tac-Toe

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4 réflexions sur “Marion Brunet, l’ogre, le loup, la frangine, et moi

  1. J’ai lu et adoré Frangine et tu m’as donnée envie de lire La gueule du loup. Je ne sais pas pourquoi mais j’avais peur que ce soit moins bien que Frangine mais là je te fais confiance les yeux fermés !

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